Pas dans le dictionnaire

L’enfance aux entournures, parfois ça coince et ça veut son histoire et ça bafouille un lait aigre.

L’enfance aux écritures, parfois ça régurgite et ça veut son bravo et ça cafouille un peu de moisi.

L’enfance aux écorchures, parfois ça déglingue et ça veut un héros et ça bidouille à l’effaceur.

L’enfance aux tessitures, parfois ça déraille et ça sonne trop faux et ça s’accorde à l’insomnie.

L’enfance aux sépultures, parfois ça fantôme la vie et ça simulacre les rires et ça hante le décor.

L’enfance aux épaules étroites, parfois ça craque un bouton et ça va à poil et ça fait la roue libre.

L’enfance aux genoux cagneux, parfois ça valse à l’envers et ça chahute les mazurkas et ça dégingande.

L’enfance au dos rond, parfois ça prend des tangentes et ça trace les arcs et ça balance des flèches.

L’enfance à la tartine, parfois ça colle aux doigts et ça miette au coin de lèvres et ça grossit sans raison.

L’enfance à l’instant, parfois ça veut deux chances et ça tempête dans le bocal et ça rétrécit sans cesse.

L’enfance aux rayures, parfois ça ponce des surfaces tourmentées et ça décape des sols rugeux et ça glace les miroirs.

 L’enfance au bout de la langue, parfois ça traduit le malaise et ça mélange les genres et ça ravale le pire.

L’enfance au bout des doigts, parfois ça écoute sans parler et ça émet des signaux faibles et ça rapplique liquide.

L’enfance aux pelures, parfois ça s’effeuille et ça joue à se révéler et ça enferme au cœur le secret.

L’enfance aux salissures, parfois ça gomme éternité et ça trace à coups de pied et ça réplique, réplique.

L’enfance aux revoyures, parfois ça monte à l’échelle et ça se parle d’autres langues et ça se chante des labyrinthes.

L’enfance en pâture, parfois ça se consomme chaud et ça s’avale glacé et ça serpente les fausses routes.

L’enfance en ouverture, parfois ça symphonie et ça mélodie française et ça sonne faux l’ostinato.

L’enfance en ossature, ça 200 os à fortifier, ça muscle trop lourd pour la structure et ça bouge trop.

(itinéraires)

oùjaivécusentidormi

(dans le défilement des villes qui furent sans cesse perdues, les grandes et les minuscules, à peine découvertes et vites englouties, les françaises Lyon, Marseille, Bougival, Millau, les étrangères Barcelone, Fribourg, des jeunes âges aux âges des consciences, celles dont je disais J’y habite sans que s’offre le temps d’y être chez moi, villes qui une fois perdues, devenues villes lointaines, furent mille fois revisitées en rêve, en pensée, en réminiscences. A elles sept, elles forment un réel de souvenirs croisés de nouveauté et de retrouvailles. Car la liste de ces villes n’existe que pour moi, ou bien n’existe pas. Si j’y retourne, je ne retrouve rien de l’ambiance des rues, des sons, des mouvements, rien de cette main traînée le long d’un mur, rien non plus de l’écho d’un slogan dans une manifestation entendue depuis la fenêtre. Je doute et me demande si je n’invente pas cette Barcelone de pluie, cette Marseille de circulation de nuit et de fleurs des champs, cette ville d’Aveyron réduite à une rue étroite, et Lyon, ses brouillards, ses silences, il y a la banlieue chic dont je vois deux griffons de pierre et un bord de Seine, souvenir ou re construction ? Et dans la Suisse profonde, au loin cette ville d’hiver, sublime de lumière et de froid, dont il reste à l’enfant une couronne de fleurs blanches dans ses cheveux noirs, on y défile alors avec de pieuses intentions chaque mois de mai, les enfants y sont à la parade, dans cette ville j’y reviens, dix ans plus tard, pour y sentir battre sur ma jambe une guitare quand je longe la brasserie Cardinal. Que sont ces villes, ces rues parcourues dans une géographie nord-sud, et qui n’en forment qu’une, villes sans bords, aux odeurs, aux couleurs, aux formes rassemblées dans l’esprit trouble de l’enfant trimbalée quand elle revoit devant ses yeux le creux profond de la rivière aux deux langues et l’avenue marseillaise qui vient buter sur une ruelle d’Aveyron bordée de murs. De ces villes je n’ai pas vu les glissements, pas vécu les changements, pas senti les disparitions — le quartier ancien est resté le même — je n’ai pas mesuré mes humeurs au gré de ses transformations, et des disparitions, dans la brasserie continue à fermenter la bière, le soleil se fond sur des crépuscules aux lignes d’autrefois, je n’ai rien vécu de ce qui est advenu dans les sky-line, les ponts nouveaux, les hautes tours ou l’éclairage d’une montagne. L’enfant ne sais rien de l’apparition de toutes ces boutiques aux marques internationales, elle pense à cette quincaillerie où les clous se vendent au poids — elle n’est plus — même l’adresse ne ressemble plus à ce qui était, mais ce n’est pas le même endroit, voilà tout. J’y ai mêlé l’excitation des arrivées en bas d’immeubles inconnus, et les mélancolies des départs, les « au revoir » qui étaient toujours des adieux. Une ami d’enfance est un concept, une idée, en rien un cœur qui bat ou un nom dans un carnet. J’y confonds Fribourg au matin quand les arbres l’hiver sont givrés d’épées de glace et le sable de la pauvre rue d’Espagne, en terre battue longée de fleurs aux robes jaunes, ou rouge intense, j’arpente les deux et elles n’en font qu’une. La ville à midi, quand la sensation le long des murs de la rue étroite fait comme un abri qui mène à la maison, se confond avec la ville à midi devant la haute tour lancée contre le ciel, en plein soleil. La ville à cinq heures et son boulevard qui mènera quelque part dans dix ans — le temps de vivre quatre ou cinq vies ailleurs — alors que la disparition des jardins et des vergers n’est qu’une annonce de chantier qu’on ne verra jamais — j’ai appris la nostalgie par anticipation — endroits de jeu où je me cache et aime me perdre seule, la ville à cinq heure que je vais quitter d’ici peu, pour retrouver la rue étroite sans les frères ni les sœurs. Il faut apprendre à lire. Ce sera au loin. Et la ville le soir le long de l’avenue à traverser seule, un sac de sport à l’épaule, la nuit, le fracas, les lumières jaunes des phares, le moment de se lancer devant la ligne de voiture, la circulation comme arrêtée pour moi qu’est-elle pour cette autre le soir, quand les autobus roulent jusqu’au confins et vous débarque nulle part. La ville fragmentée aux destinations toujours différentes, la ville par à-coups avec des fenêtres aux horizons sombres ou brusquement vastes, une ville jamais la même, jamais visitée jusque dans ses recoins, jamais protectrice au travers de ses grandes places, jamais vraiment aimée, mais chaque fois sincèrement regrettée. Une ville de villes arpentées une année, rarement deux, des villes sud et des villes nord, des villes étrangères et familières, où, si on plisse les yeux, une enfant solaire apparait au long des rues qui ont changé de nom, devant des hangars qui ont fait place à des immeubles de bureaux, à des cinémas bruyants, aux abords de rivières rendues aux promenades — parfois le progrès bat sa coulpe pour sa faim d’ogre et rend ce qu’il avait volé — dans cette ville de villes, la petite âme grise aux yeux pensifs ne sait rien du temps, sauf qu’il est fait de miettes que les oiseaux picorent)

Avec sans

… donc avec sans on aurait. Alors sans ou avec très peu on pourrait. Bientôt on pourrait. On se demanderait un peu. Bientôt après une ou deux fois on saurait. Après encore une autre fois on saurait encore. On aurait avec beaucoup. On pourrait sans ou alors très bientôt. On se demanderait une fois ou deux. On saurait peu. Un peu parfois on serai un peu. Devant on serait très peu. On serait une ou deux derrière. On aurait une ou deux fois. On aurait avec. On aurait donc ou avec très peu. On se demanderait bientôt. On saurait après encore une fois. On aurait avant. On saurait contre. On saurait aussi après. Alors on saurait. On pourrait malgré et avec. On pourrait sans. On pourrait encore, et après encore une fois. On aurait moins. On se demanderait aussi. Donc sans on aurait plus. Avec très peu ou alors sans on pourrait moins. Bientôt on pourrait moins. On se demanderait beaucoup. Tardivement on saurait rien. Même avec encore on saurait rien. On aurait très peu. On pourrait avec ou alors plus tard. On se demanderait une ou deux fois. On saurait rien. Souvent on serait plus. Derrière on serait beaucoup. On serait nombreuses devant. On aurait jamais. On aurait sans. On saurait rien ou avec beaucoup. On se demanderait jamais. On saurait avant. On aurait après. On saurait avec. On saurait aussi avant. Alors on saurait pas. On pourrait avec et encore. On pourrait avec peu. On pourrait avec très peu et on pourrait avec moins. On aurait plus. On se demanderait aussi. Avec sans on aurait avec

Energie pure, pulsatile

A écouter là : https://soundcloud.com/catherine-serre-915528503/mitochondries

(Juin 2020 /Ecrits Studio/texte et son Catherine Serre)

là — dedans

dedans de dedans à se mouvoir dedans

dedans — qui  filent virent se propulsent et déchargent

énergie pure dans l’œuf — dans le mélange du dedans de l’œuf énergie pure

vibration d’avant le mouvement énergie pure

dedans là dedans corps senti pulsatile large chant

respiration corps senti pulsé énergie pure décharge

léger remous vibration jazz des intérieurs  

soudain immobilité et silence vibration fluide dans les fluides

propulsion dirigée du liquide dans le liquide

doux liquide soyeux des intérieurs vie première

vibration rapide pulsée orientée dans les liquides doux et spongieux

vibration échanges d’avant le langage

dans le liquide doux mobile energie pure puissance sans aide sans adn

être d’un être — primitive trace de vie enveloppée

intérieurs doux et liquide

énergie pure sans adn sans aide par transmission de trace

porteuses portée donneuses données à la fois traversées traversantes

entre double membrane sans adn

énergie pure dedans de toi

dedans de se mouvoir dedans qui file se propulse et décharge

dedans des lignées de mères énergie pure dans l’intérieur des intérieurs

loin les mères premières des premières vibrations globules de vie

fabrique de lignées en agrégat de présences vibrantes

vibration présence ronde des mères énergie pure

donneuse de rêve énergie pure des pas de côté

vibration des échanges

d’avant le langage

Parfois les morts

Parfois les morts arrivent en voiture, ils passent en coup de vent au retour du marché, il sonnent, entrent et saluent, ils ne veulent pas déranger, ils viennent pour dire bonjour, en vitesse, ils embrassent à peine et s’en vont. Parfois les morts partent en balade, pour un tour au soleil, parcourent toutes les rues et toutes les routes, choisissent avec soin leur destination pour éviter le vent, ne s’éloignent jamais de plus d’une demi-heure et reviennent en ville avant le soir. Parfois les morts mangent ensemble, font un bruit de famille, un brouhaha de joyeuses rencontres, les bises claquent, ils se hèlent et s’interpellent, mais le brouhaha, les interpellations ne vont guère plus loin que l’instant des retrouvailles quand ils se souviennent. Parfois les morts marchent dans la rue étroite ou même traversent le boulevard, sont de dos et s’éloignent, vont un peu trop vite, sont un peu trop loin pour être rattrapés. Parfois les morts semblent s’approcher puis, quand la distance se réduit, ils deviennent diaphanes, vaporeux, ils ne sont plus vraiment là, ils se font vagues. Parfois les morts marchent côte à côte, la conversation reprend, mais au début d’une phrase nouvelle, une voiture, un oiseau, un coup de vent ou un pied qui trébuche et ’aussitôt leur voix sont au silence, leur murmure s’éteint, et devient inaudible. Parfois les morts se penchent sur la terre, remuent l’invisible, retournent un caillou, font fuir un scarabée, le jardin y reprend vigueur. Parfois les morts poussent leurs vélos, rapportent un pain, un melon, un poulet, laissent à ceux qui restent le soin de la cuisine et repartent en ville. Parfois les morts arpentent les rues en groupe, bruyants, ne s’occupent de rien sauf du plaisir de se voir, encore jeunes, empreintes d’eux_-même dans une capture du temps, mais ils déteignent soudain à l’idée de boire un café, ou une bière, à la vue d’une terrasse trop bien occupée. Parfois les morts s’absentent, plus aucun ne passe après le marché, plus de tour en voiture, ils ne sont pas là, ne marchent plus côte à côte, leurs présences devenues transparentes. Jusqu’à la réouverture d’une porte, le claquement d’une fenêtre, un vieil outil qu’on déplace, une couverture secouée à la fenêtre de l’ancienne cuisine, et les voilà, ils reviennent, ils entrent et sortent, ne veulent pas déranger, se déplacent sur la pointe des pieds, ils font signe et repartent vite. Joyeuse présence pour que la vie tourne rond.

Yeux clos

Paysage Yeux clos falaise et rivage de mer, pierres roches abruptes et cassures, failles, paysage Yeux clos épaisseurs de vertige, eaux tourmentées. Brun de sienne mêlée d’ocre jaune, perspective floue de pluie incessante collée au ciel, part de ciel, ciel lui-même. Étendue de lande Yeux clos terre tourbeuse et herbe drue, terre étrangère et familière, mouvement d’ondulations vert brillant, débords de rigoles inondées, bord sombre de falaise. Pâtures hantées Yeux clos, taches blanches, corps de bêtes opiniâtres, habituées et tenaces, dos au vent, tête dans le cou, arrimées. Paysage Yeux clos, falaise terre noire et herbe épaisse, surnaturel livré aux éléments. Eau visqueuse Yeux clos, obstinée, coulant sans fin du haut d’un ciel chargé de nuages enfoncés les uns dans les autres, tordus de vent, impossible échappée aussitôt engloutie par un amas plus gros. La pluie pénètre dans le sol, chaque grain de terre se gonfle puis éclate, se liquéfie en boue collante dans la profondeur d’herbe gorgée d’eau mêlée de sable. Creux d’empreintes Yeux clos passages d’animaux, traces rondes où le ciel se reflète dans des cupules d’eau rougeâtre. Derrière les paupières, nuée de gris délavé, nuances qui apparaissent et disparaissent alors même qu’on les regarde entre les cils, il semble que l’œil se fait pinceau et anime la palette aux couleurs crayeuses assombries de traînées noircies, un point de violet allume un blanc sale, un bleuté initie le bourgeonnement d’un nuage et se dilue dans un éclat acier aussitôt éteint. Un peu de fumée bordée de mauve garde l’horizon où une radée nouvelle forme un rideau opaque et irisé, elle avance vite, à la vitesse de la folle volonté qui la dompte. Effacement Yeux clos la falaise et les vagues. Les hauteurs de pierres basaltiques striées de longues coulures, figures des géantes gelées. Les oiseaux terrés dans des niches, dans des cassures, s’élancent dans le vide. Vols au ras des verticales. Les oiseaux luttent à contre vent, les rémiges pliées, leurs corps rasant les roches, ils se redressent. Les ailes appuyées sur le vent, soutenus par les rafales ils remontent en diagonale tournante et plongent à pic, ils frôlent la houle, leurs becs ouverts avalent l’air, râles rauques, réflexes de gorge quand une proie s’échappe dans l’écume. Désordre Yeux clos les vagues se pénètrent et s’emmêlent, étincelantes de quartz, de granites, de mica, matière épaisse et fluide de blanc, d’argent et de rouge, reflets dans l’écume née de l’écume, là où s’efface un rocher, là où se découvre un épaulement déchiqueté, là où dansent les esprits de l’eau vive en cadences irrégulières, une chorégraphie décalée de vapeur d’eau et d’eau mousseuse. Ligne majeure Yeux clos fractales aiguës, image sérielle hypnotique qui se déplie et se multiplie. Endroit et instant précis Yeux clos mémoire où dresser la falaise, étaler l’eau, faire bouillonner l’écume et rouler le sable grossier, où lancer la lande, où fixer les formes et les densités, les transparences et les réverbérations. Tout comme s’ancre sur la rétine une ligne des collines et de la ville à leurs pieds, une découpe des tours qui dominent des rues fourmillantes, des impression de ramages d’oiseaux le long de berges bleues, des apparitions fugitives, défilements derrière des vitres de trains, des remous de torrents froids où le corps se glisse, se laisse mordre. Retenue mémorielle Yeux clos méthode infaillible, volontaire et consciente, équilibre des couleurs, des états, des textures, des alignements, des croisés, des flux, des forces, des tangentes. La plage brune se découvre en cadence, concert pour masse d’eau et mouvements perpétuels. L’aveuglement Yeux clos n’interrompt rien, il n’efface pas l’ouverture de la terre vers le ciel, il ne met pas fin à la pluie pénétrante, il n’arrête pas le ressac, il s’empare, il recrée, il supplée, ainsi les reprises et les variations pour silhouette mains dans les poches et bonnet enfoncé, tournée vers le large, esquisse à la limite de la falaise, ombre de présence humaine, ou cette autre ligne de vie le long du sentier, accordé au pas d’un chien, toison de longs poils blancs et gris flottant dans la cavalcade du vent. La haute terre existe. Elle se tient, sous un rideau de pluie, réelle dans le paysage, elle demeure et ne change pas, rien ne la modifie, elle se fond, se dissipe, se devine dans un brouillard intermittent, dans une écharpe liquide, il se peut qu’un troupeau de jeunes bêtes la traverse et hante des vestiges de cathédrale dont il ne reste qu’un pan de mur, une rosace de pierre suspendue. Des alouettes invisibles piaillent-elles d’attendre une éclaircie ? Leurs corps brun-jaune jaillissent comme des traits de flèches, anges au-dessous du ciel, le grand arbre aux branches étalées veille à l’entrée du chemin étroit qui mène au long de la falaise. Perspective Yeux clos à l’envers de la mer, dans la lande où des murs cisaillent les prés, les sillonnent sans débuts ni fins, longueurs nées de milliers de blocs dressés, posés en équilibre avec entre eux des écarts, des jours, des vides, une lourde dentelle de pierre qui écrit la lande, un orgue à vent offert aux bourrasques. Des murs qui deviennent des vitraux quand quelques rayons s’immiscent à travers les nuages bas, aux heures des lumières rasantes du soir, à cet instant du couchant où naissent les couleurs dans une explosion de rouge, juste avant la nuit, et que s’invente un autre paysage malgré la pluie, peint de lignes accentuées, terre pesante qui brille d’or, trouées vibrantes, aura fantasque d’une brume violette dans une évanescence de rose léger. Paysage Yeux clos paysage abstrait, paysage d’impressions, paysage monochrome, paysage collage, paysage Yeux clos, paysage mémoire, paysage.  

A écouter ici : https://soundcloud.com/catherine-serre-915528503/yeux-clos

—-empêchement nord

envisage le hors des murs à mille et quelques pas
mesure et tournoiement
dure-mère dure-mère et pis et pis
envisage escale de voix à mille et quelques pas
vaguement souplesse derrière le thème 
progression des attaques à mille et une enjambées
tentatives de fugues à l’intissé des croisements 
simplement gravées
cloche des villages dans le fond
vibration seulement vibration
dure dure-mère et pis et pis 
mille et une fois dans les yeux l’encre noire  
ombre à paupière vibration seulement vibration
encre noire coulée le long des joues 
esquisse mille et une fois coulée
ligne vague de mille et un pas enchaînés 
dure dure-mère et pis et pis 
enchaîne et rebrousse

un chat un chat

un chat un chat

dans la gorge

un empêchement dans l’empêchement 

un ralentissement de chat

vieux vieux chat et empêchement de cordes 

raides

un ralentissement juste un

ralentissement

un souffle entre deux

et les petites cordes raides

juste un peu d’air en travers et

un empêchement en travers 

se dérèglent les sens, l’oreille voit 

l’œil réagit au changement de température 

la pupille durcit et les cordes n’obéissent à personne 

la peau glisse sur la chair intérieure, une caresse d’ortie

et les visages un à un

fraction de temps pour apparaître 

de l’encre noire de leur œil gauche  

le long de leur joue, un tatouage plutôt qu’une coulure, 

une manière de s’appartenir 

ils déboulent du sombre et y sombrent à nouveau

les cordes nouées gémissent seulement 

le souhait de les garder une seconde de plus 

gorge d’air prisonnier, impressions de visages

un chat et autre un chat les feulements entre eux 

dans la gorge un conflit de silence

tous les soirs s’élève une voix

tout les soirs s’élève une voix – elle sort de ma bouche – revenue de temps anciens, un soir d’octobre dans un minibus à travers la nuit égyptienne, les amies chantent Ferouz et Oum Kalthoum, dehors brûlent les détritus qui brûlent la gorge, et les voix en partage de voix dans le domaine des souffles,

tous les soirs s’élève une voix – elle sort de ma bouche – revenue de temps anciens, la voix seule écrit le sens : proférer chaque soir un son et un souffle, un poème-action, un livre instantané livré aux déséquilibres des temps,

tous les soirs s’élève une voix – elle sort de ma bouche – revenue de temps anciens, elle installe le corps dans un lieu basculé : le bord d’une fenêtre au bord d’un toit, et la voix bascule l’alignement des luites, les façades, le creusement des cours, le cloisonnement des jardinets, le ciel, elle bascule ce qui contient et les fluides,

tous les soirs s’élève une voix – elle sort de ma bouche – revenue de temps anciens, un équilibre orienté des hauts et des bas, des diagonales et des parallèles,

tous les soirs s’élève une voix – elle sort de ma bouche – revenue de temps anciens, déréglant les représentations, révélant des espaces et y prenant place

tous les soirs s’élève une voix – elle sort de ma bouche – revenue de temps anciens – écho à ce poème, un jour gravé
pas grave, pas grave pas de corps, pas grave et puis en voilà un tout fait (…)

tous les soirs s’élève une voix – elle sort de ma bouche – revenue de temps anciens – dans l’élan des inversions et du Grand Carnaval,